La langue fait spectacle, c'est-à-dire qu'elle se donne à voir et à entendre et qu'elle donne à imaginer (qu'elle permet l'élaboration d'images mentales d'une indépassable subtilité). Le plateau de théâtre est même le seul lieu social où l'on peut « assister à la langue », où l'on s'assoit et se tait pour se faire le témoin subjugué ou déconcerté non pas d'abord de ce qu'elle dit, mais de ce qu'elle est. L'événement du théâtre, c'est premièrement l'avènement de la langue comme objet. Oui, on entend ici la langue (on cherche à l'entendre) avant de la comprendre et on la comprend de ce qu'on l'entend, du fait qu'on entend en deçà du sémantisme construit par l'intellect, la particulière répartition de sa matière sonore et rythmique, son amplitude, son étalement, ses syncopes, son bégaiement, sémantisme primaire qui dit presque tout. Mais, pour que le spectateur accède à cette expérience, encore faut-il que la langue donnée lui soit, comme une langue étrangère, problématique, ou mieux insue. Ce qui revient à dire qu'il faut qu'elle soit poétique.
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